Chaque année, la même question revient dans les conversations sur la Croisette : « c’est dans quelle sélection, ce film ? » Beaucoup de festivaliers de passage empilent les trois grandes sections parallèles au Festival de Cannes sans percevoir qu’elles n’ont ni la même histoire, ni la même gouvernance, ni les mêmes critères. Comprendre ces différences change complètement la manière de choisir ses séances.
Un Certain Regard, une sélection officielle à part
Un Certain Regard fait partie intégrante du Festival de Cannes, au même titre que la Compétition officielle, mais avec une ligne éditoriale plus tournée vers les formes singulières, les jeunes cinématographies et les cinéastes en rupture de ton. La sélection se tient traditionnellement à la Salle Debussy, dans l’enceinte du Palais des Festivals et des Congrès, et reste pilotée par la direction artistique du Festival lui-même. C’est une section officielle, pas une manifestation indépendante : son jury est nommé par l’organisation cannoise et son palmarès est annoncé dans le cadre du Festival.
La Quinzaine des Cinéastes, née d’une rupture
La Quinzaine des Cinéastes obéit à une logique totalement différente. Créée en 1969 dans le sillage des événements de mai 1968, quand une partie du monde du cinéma avait exigé l’arrêt du Festival, elle est organisée par la Société des Réalisateurs de Films (SRF), un syndicat de cinéastes, et non par le Festival lui-même. Cette indépendance de gouvernance reste sa marque de fabrique : la Quinzaine choisit sa programmation sans validation de la direction du Festival, se déroule en parallèle sur la Croisette, et revendique une ligne plus libre, ouverte aux formes hybrides, aux premiers films risqués et aux cinématographies peu représentées ailleurs.
La Semaine de la Critique, la plus petite et la plus tournée vers les débuts
La Semaine de la Critique est la plus ancienne des sections parallèles, née avant la Quinzaine, et la plus resserrée en nombre de films. Organisée par un syndicat de critiques de cinéma, elle s’est donné une règle claire depuis l’origine : ne montrer que des premiers ou deuxièmes longs métrages, plus quelques courts. C’est le laboratoire par excellence pour repérer une cinéaste ou un cinéaste avant que le grand public n’en entende parler. Son format compact, une poignée de longs métrages en compétition, en fait souvent la sélection la plus commentée par les professionnels du Marché du Film qui cherchent à repérer la prochaine signature qui comptera.
Trois logiques de sélection, trois publics
En résumé, la Compétition officielle et Un Certain Regard relèvent d’un seul et même comité de sélection interne au Festival, avec un accès prioritaire réservé aux professionnels accrédités et à la presse. La Quinzaine des Cinéastes, portée par des réalisateurs, assume une identité de contre-programmation, avec une ambiance de salle souvent plus chaleureuse et moins protocolaire. La Semaine de la Critique, elle, joue la carte de la découverte pure : peu de films, mais un pari assumé sur des auteurs inconnus. Trois comités, trois budgets, trois manières de choisir, réunis sur les mêmes trottoirs pendant deux semaines.
Pourquoi cette distinction change la façon de choisir une séance
Pour un festivalier qui obtient une place, savoir dans quelle section se trouve un film donne une indication assez fiable sur ce qu’il va voir. Un Certain Regard promet une audace formelle validée par l’appareil du Festival. La Quinzaine promet une curation de cinéastes, souvent plus politique ou plus expérimentale. La Semaine de la Critique promet un pari sur l’avenir, avec le risque et la fraîcheur que cela suppose. Aucune des trois n’est un sous-classement de la Compétition officielle : ce sont des portes d’entrée différentes dans la même quinzaine cannoise.
S’y retrouver sans accréditation
Les trois sections proposent, en dehors des séances réservées aux professionnels, des projections ouvertes au public selon des modalités qui changent d’une année à l’autre. La règle qui ne change pas, elle, c’est l’anticipation : les places pour les séances publiques partent vite, et les tarifs des nuitées sur la Côte grimpent tout aussi vite pendant ces deux semaines. Pour limiter la note d’hébergement, quelques réflexes simples sont détaillés dans notre rubrique achats et bons plans.
Reste que, badge ou pas, la meilleure façon de suivre ces trois sélections sans se ruiner ni se frustrer consiste à choisir sa section en fonction de ce qu’on cherche vraiment : la confirmation d’un cinéma déjà installé du côté d’Un Certain Regard, la découverte engagée du côté de la Quinzaine, ou le pari sur un nom qu’on ne connaît pas encore du côté de la Semaine de la Critique. Pour prolonger l’exploration culturelle sur la Côte au-delà de ces deux semaines de mai, notre agenda des sorties et événements recense ce qui rythme l’année entière entre Cannes et ses environs.
Pour aller plus loin, la notice consacrée à la Quinzaine des Cinéastes et celle sur la Semaine de la Critique retracent en détail l’histoire et la gouvernance de chaque section.




